La Maison Nucingen

de Raoul Ruiz


Libre adaptation du roman éponyme d'Honoré de Balzac écrit en 1837, La maison Nucingen est un ovni cinématographique réalisé par Raoul Ruiz, cinéaste mais aussi écrivain. Lubie, caprice ou dérapage contrôlé ? Cette énième production filmique ne cesse d’interloquer qui la regarde…

Cinéaste en marge, à l’imaginaire nourri dès sa plus tendre enfance par Kafka et Poe, Raoul Ruiz est connu pour avoir réalisé un nombre impressionnant de films… invisibles (la plupart non commercialisés). Serge Toubiana, autrefois rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, aujourd’hui directeur de la Cinémathèque Française, écrivait à son propos dans Le cas Ruiz en 1983 « Le cinéaste le plus prolifique de notre époque, celui dont la filmographie est presque impossible à établir tellement est diverse, éclatée, multiforme sa production depuis une vingtaine d’années ». Simultanément, le critique Charles Tesson intitulait l’un de ses articles « Un cauchemar didactique (ou la tentative hardie d’établir une bio-filmographie de Raoul Ruiz) ». Un réalisateur des plus insaisissables, donc.

Depuis quelques années, Raoul Ruiz revient peu à peu vers ses origines chiliennes, renouant avec ses racines.

De fait, l'intrigue de La maison Nucingen se déroule au Chili, plus précisément en Patagonie, dans un immense demeure où s'installe un couple, contraint désormais de cohabiter avec de curieux énergumènes, mais aussi bon nombre de présences fantomatiques...

En effet, un esprit règne dans ce manoir : celui de Léonore, jeune femme disparue accidentellement. C’est elle, lien en toile d’araignée, qui va tisser les relations entre les divers personnages et niveaux de réalité.

Dès les premières images de piètre qualité, l'on est d'emblée plongés dans un huis clos des plus étranges, hasardeux voire scabreux.

Les acteurs surjouent, les jeux de caméra sont évidents et répétitifs, les éclairages forcés à la manière d’un feuilleton télévisé et les effets spéciaux ne manquent pas de faire sourire le spectateur ; on est en voie de se demander si l’on ne se trouverait pas face à l’une des dernières pépites de série B.

Cependant, le décorum est d'un charme indéniable et certains plans panoramiques d'une beauté à couper le souffle.

Ces maigres consolations esthétiques agrémentées d'une intrigue farfelue au possible constituent un évident pied-de-nez aux structures formatées des productions filmiques actuelles.

Un film hors du commun, duquel l'on ressort alourdi par les erreurs plurielles, les longueurs et bizarreries qu'il contient, abasourdi par tant d'amateurisme de la part d'un réalisateur qui n'est pourtant pas en début de carrière, mais également surpris par l'audace de ces nombreuses minutes passées enfermés dans ce cabinet de curiosités.

Laure Giroir


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La Terre de la Folie

de Luc Moullet

Le dernier film en date de Luc Moullet a profité du dernier jour de la rétrospective qui lui été consacré à Beaubourg, et de sa sélection à la Quinzaine des Réalisateurs. Pas sûr cependant qu'il sortira beaucoup plus : le sujet est peu propice à attirer les foules, et le film, à la frontière (on sait depuis Les Contrebandières à quel point cette notion est fluctuante chez Moullet) entre l'absurde, le documentaire, la fiction, la reconstitution historique et le gore, est volontairement destiné à être atypique. Moullet n'a jamais particulièrement recherché l'adhésion du plus grand nombre, et a toujour clamé son indépendance (d'esprit) : à partir du moment où Digne (si si, c'est une ville) devient la capitale de la France, forcément...

Car géographiquement, « la terre de la folie » est située autour de Digne (Alpes-de-Haute-Provence : vous voyez Marseille ? Grenoble ? Le vide entre les deux ? C'est là). Le réalisateur est originaire de ce « pentagone de la folie » délimité avec précision grâce à des punaises plantées dans une carte IGN. Il n'est lui-même pas très sûr de sa santé mentale, et a des antécédents familiaux. D'où son enquête, pour laquelle il s'agit d'interroger des gens sur les différents meurtres ayant eu lieu sans raison déterminée, et étant donc imputables à la folie – laquelle, à mesure que le film progresse, semble devenir inhérente au lieu.

Les explications données sont multiples : l'hôpital psychatrique n'est pas loin, depuis que notre président n'a pas de fille internée les crédits ont baissé et les malades n'ont qu'à prendre leurs traitements eux-mêmes, le vent souffle trop, la solitude égare, la haine permet de survivre en ces montagnes hostiles, le manque de sel créé des pathologies, la radioactivité a contaminé les champignons, la malnutrition a des effets néfastes, etc, etc.

Les témoignages font état de crimes plus horribles les uns que les autres (de la jeune fille découpée par son père, au meutre à coups de pioche d'un garde-champêtre, avec en prime le maire et sa femme, en passant pas les multiples immolations par le feu), et en deviennent absurdes à force de détails. Moullet ne se prive pas d'ajouter l'absurdité de ses propres témoignages supposés être récapitulatifs, et des reconstitutions grossières qu'un étudiants de cinéma n'oserait pas faire, de peur d'être trucidé par son prof. La précision de la localisation géographique ainsi que les multiples témoignages se portent garants de la réalité des faits (allant indifférement du début du 20ème siècle à nos jours). Donc on rigole, parce que c'est trop – mais on n'est pas si a l'aise que ça d'avoir rigolé, parce que c'est horrible... De toute façon, tous ceux qui sont issus du pentagone sont foutus : c'est le droit du sol. Y'a qu'à voir les films de Moullet.

Piera Simon

Vengeance


"MY DAUGHTER... MY SON IN LAW... MY GRAND-CHILDREN... AND I.
LET'S TAKE REVENGE !!"


"Vengeance
"

Réalisé par Johnnie To
Écrit par Johnnie To et Wai Ka-Fai
Avec Johnny Hallyday, Anthony Wong, Simon Yam, Lam Suet, Lam Ka-Tung et Sylvie Testud





On sonne à la porte... Trois assassins entrent en massacrant père, mère et enfants. Aussitôt arrivé à Macao, Francis Costello engage trois tueurs professionnels afin de faire payer ceux qui ont décimé la famille de son unique fille. Le problème est que ce vieillissant chef de restaurant français perd progressivement la mémoire... Si Vengeance n'est pas le meilleur film de son réalisateur, il n'en demeure pas moins un polar de qualité, comme Johnnie To a dorénavant l'habitude de nous en livrer.

L'intérêt majeur de cette histoire ne repose pas tant sur le recrutement de Johnny Hallyday, du reste assez correct, dans le rôle principal, mais plutôt sur la perte de mémoire qui prend de plus en plus d'ampleur chez cet homme au visage marqué par la vie. Que veut dire l'expression « se venger » ? La question qui semblait de prime abord ridicule prend une toute autre signification, si l'on oublie ce pourquoi nous avons pris les armes. Rencontre après rencontre, Costello prend moult photos et y grave des noms pour ne pas oublier les visages. On ne saurait alors dire s'il veut simplement mener son objectif à bien, en combattant son amnésie progressive, ou s'il refuse catégoriquement d'oublier la tragédie de sa famille, afin de la venger coûte-que-coûte.

La question se pose d'une autre manière pour le trio de tueurs, incarnés par des acteurs de pointe du cinéma local. En choisissant d'aller bien au-delà de leur contrat, l'appât du gain ne peut plus constituer leur seul mobile, car ils sont conscients qu'ils n'en sortiront pas vivants. Les scènes de gunfights aussi inventives que dynamiques se succèdent, depuis la fusillade au clair-de-lune jusqu'à ce climax superbement chorégraphié dans la décharge publique, où le toujours remarquable Anthony Wong ne peut s'empêcher de rire, en réalisant jusqu'à quel point ils ont pu changer en si peu de temps.

La passion de cinéphile qui anime Johnnie To, jusqu'à donner au héros de son film le même nom « Costello » que le célèbre Samouraï de Jean-Pierre Melville, ne procurerait pas autant de plaisir coupable si le cinéaste et son fidèle scénariste Wai Ka-Fai ne possédaient pas une telle maîtrise formelle. La brutalité la plus âpre ne se départit ainsi jamais d'un humour que l'on sait cher au réalisateur, de même que le désespoir qui hante ce vieil homme, seul face à ses ennemis, se voit sauvé par une famille d'enfants habitant sur la plage avec leur mère, tel un havre de paix plus spirituel que matériel. Après l'oubli du visage, reste en tête une vengeance dénuée de cible, comme un objet frisant l'abstraction, jusqu'à ce qu'elle disparaisse à son tour de la mémoire, pour ne laisser la place qu'à un sourire et une sérénité enfin retrouvés.


Pierre-Louis Coudercy



Terminator : Renaissance


THIS IS JOHN CONNOR. IF YOU'RE LISTENING TO THIS... YOU ARE THE RESISTANCE !!







Terminator : Salvation
Durée : 1h48

Réalisé par McG
Composé par Danny Elfman

Avec Christian Bale, Sam Worthington
Bryce Dallas-Howard, Moon Bloodgood et Anton Yelchin





2018 : la Terre est en proie au conflit acharné que livre la Résistance des Hommes face à l'armée robotisée de Skynet, supra-intelligence informatique. De ce chaos émerge un leader, sous le nom de John Connor. Ce dernier sait qu'il doit retrouver un jeune homme, qui, plus tard, deviendra son père biologique après l'avoir envoyé dans le passé. Pour cela, il aura besoin de l'aide d'un homme mystérieux du nom de Marcus Wright, énigme à part entière. Si l'on se demande si ce quatrième opus de la saga est bel et bien une renaissance, la réponse est oui et non.

Sur une image fortement désaturée et emplie de tonalités cendrées, Sam Worthington marche au milieu d'une ville ayant subi les affres de la déflagration nucléaire. Pas le moindre signe de vie apparent au coeur de ces ruines, et l'étendue de l'avenue semble alors tracer un chemin vers un avenir imperceptible et totalement incertain. Subitement, se dresse en obstacle un T-600 errant et défectueux, et l'avenue se métamorphose alors en arène opposant l'Homme et la machine, le créateur et la créature. En réalité, sur cette seule scène se dessinent deux enjeux divergents du film de McG.

Sont ainsi repris des thèmes et des motifs ayant caractérisé la saga, mais le revirement de l'univers et de son ambiance est total. Ce n'est plus le présent qui se voit contaminé par le futur, mais le futur qui devient lui-même présent et se voit infiltré par notre présent, par conséquent de l'ordre du passé dans le film. La guerre entre l'Humain et Skynet n'est plus un cauchemar à venir : elle est devenue d'actualité. Exporté entre les différentes couches temporelles que sont les époques du film et les différents films eux-mêmes, le corps devient un véritable vecteur de renaissance, depuis l'intéressant Marcus Wright, superbement incarné par Sam Worthington, jusqu'à la jouissive apparition numérique de Schwarzenegger dans le rôle qui l'a consacré en icône de la saga.

Cependant, à l'image de ces T-600 ayant un côté « brut de décoffrage », le film de McG accuse une imperfection générale. Ce n'est pas tant du aux inspirations parfois trop palpables de « Transformers », design juvénile en moins, ou encore à certains clins d'oeil plus ou moins subtilement amenés aux yeux du fan de la première heure, mais plutôt aux importantes coupes scénaristiques opérées par le remontage du film. L'on en oublierait presque que John Connor est censé être la figure centrale de l'histoire et que sa femme Kate attend un enfant dans son ventre déjà rond, de même que la belle relation amoureuse entre Marcus et Blair manque clairement de consistance. C'est finalement une renaissance plutôt amochée que l'on nous offre en salles, et il ne reste désormais plus qu'à découvrir une possible version longue pour en apprécier pleinement le travail livré.

Pierre-Louis Coudercy



Les Beaux Gosses

De Riad Satouff

L’affiche des Beaux Gosses, magnifiquement constellée d’impureté acnéique, dévoile un bel échantillon des figures ingrates de l’adolescence qui ont été l’apanage de tout bon teenager mal dans sa peau. Contre-pied ironique à cette société hygiénique qui aime se mirer en surface et sur le lisse des miroirs, elle s’expose comme un superbe doigt d’honneur au jeunisme brillant et surtout comme l’image surprenante d’une comédie franche, drôle et savoureusement colorée.

Riad Satouff est un dessinateur de bande dessinée bien connu des amateurs du genre et des lecteurs de Charlie Hebdo pour ses vignettes dévoilant la Vie secrète des Jeunes. Il y dessine des scènes attrapées dans le métro parisien où les jeunes parlent cul, religion, embrouilles et galères. Avec la généreuse acuité qu’on lui connaît pour cerner les travers de cet âge de la maladresse, de la vantardise mais surtout ce sentiment d’incompréhension mutuelle, le cinéaste semble être un observateur bien plus aigu qu’un ridicule reportage diffusé sur M6. L’idée a alors germé dans la tête du dessinateur d’en faire un long et d’imaginer une année scolaire dans un lycée de proche banlieue.

Hervé est donc un ado comme la France en fait plein. Parents divorcés, mère castratrice, démarche gauche et sourire métallisé, Hervé est bien plus intéressé par les filles que les déclamations poético- glauques de son prof de français gay. Avec son pote beur Camel, coupe mulet et amateur de hard rock, les deux ado forment un duo travaillé par l’éclosion de fantasmes sexuels dépensés sur les pages soutif de La Redoute et par des regards obliques en direction des tenues sportives de leurs camarades de classe. La frustration adolescente, de la première pelle roulée jusqu’à l’appréhension du passage à l’acte, anime alors chaque recoin de l’image et galvanise tous les dessous du film. Mais à cause de leur déviance verbale et physique, les deux lycéens sont considérés par la frange populaire de la classe comme des loosers à qui l’on ne doit pas parler et surtout pas se montrer. Violence subie des mots et des coups, la comédie de Satouff sait aussi saisir la cruauté inconsciente et exacerbée des comportements juvéniles.

Au-delà de cela, c’est l’écriture des dialogues qui fait bel et bien la force des Beaux Gosses, car ils fusent comme des pépites d’humour puéril et de drôleries sarcastiques. L’affront se fait le plus souvent verbalement, chaque tribu répète les mêmes codes de langage et l’on se tire des pires galères par des mots balbutiés et improvisés. Le casting est bon, les ados jouent parfaitement bien leur propre rôle et mention spéciale à Noémie Lvovsky en mère tendre et insupportable. Pas de bal de fin d’année ni de rêve à l’américaine ici, on est face à une France bien sympathique et un film tout aussi vériste qu’Entre les murs. En plus chaleureux et bien moins grave. Et que l’on ne me parle pas de portiques de sécurité ni de brigades d’intervention…

Romain Genissel


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Quelque chose à te dire, réalisé par Cécile Telerman


Bienvenue chez les névrosés ! Les Celliers forment une famille que rien n’unit : la mère, Charlotte Rampling, quelque peu acariâtre critique sans cesse ses deux filles Alice et Annabelle (Mathilde Seigner pour la première). Son mari Patrick Chesnais est tout juste retraité, et Pascal Elbé campe le fils ainé, patron d’une société qui importe du riz. Un soir, Alice, peintre incomprise et sans talent, fait la rencontre d’un flic dépressif, Olivier Marchal marié mais malheureux.

Là c’est le début d’une idylle un tantinet « gnan-gnan », mêlée à l’intrigue familiale, faite de hasards qui restent plausibles et auxquels on peut croire si on atteint un degré de crédulité assez conséquent. Les deux ingrédients du film réunis, on assiste à un long-métrage réservé aux plus de quarante ans. Les dialogues incisifs révèlent ce qui nécrose la famille de l’intérieur. Car il s’agit là de rapports familiaux qui, sous couvert de liens du sang, sont en surface des plus cordiaux. Alors qu’au fond d’eux, les enfants et le mari de Mady lui éclateraient bien à la figure. Et on attend que ça. Parce qu’il faut bien l’avouer, les parties de ping-pong verbales entre les membres de la famille laissent un gout délicieux et donnent un rythme aux différentes saynètes. Le film est en effet monté sous forme de petits moments, qu’on suppose chronologiques. Quelques lourds rebondissements en fin de dernière partie certes, mais rattrapés par le reste.

Côté casting, les acteurs jouent dans leurs registres respectifs. Pascal Elbé qu’on avait pu voir dans « Mes amis, mes amours » de Loraine Lévy, accablant de mièvrerie et de rebondissements insipides, est fidèle au rôle qui semble lui coller à la peau, celui de simple d’esprit, trop bon trop con… Mais ça lui va plutôt bien et ne dénote pas de l’ensemble. Charlotte Rampling quant à elle remplit à merveille son rôle de garce, tellement malheureuse qu’elle ne laisse rien passer, à personne. Elle frôle parfois l’hystérie, aux dépens de Mathilde Seigner, qui avec une mère de ce type ne peut que peindre les horreurs qu’elle expose (d’étranges tableaux en 3D de Madones torturés, glauque à souhait). Cette dernière, qui n’aspire qu’à recevoir un peu de reconnaissance de sa mère dans le film, possède la fraicheur d’une jeune débutante qui ne l’est plus et la spontanéité qu’on lui connait. Les autres rôles, bien distribués, apportent le mouvement nécessaire à ce second long métrage de Cécile Telerman.

Le bilan reste malgré tout mitigé, ni bon ni mauvais navet, mais assez plaisant pour en profiter lors de la fête du cinéma. Il est des samedis soirs où finalement, on n’a pas envie ni besoin de réfléchir… Ce film est fait pour ce genre de soirées.

Claire Berthelemy





Departures

De Yojiro Takita


Après Tokyo Sonata et Still Walking, c’est ce mois-ci Departures de Yojiro Takita qui nous propose de nous plonger dans l’univers du cinéma japonais. Sans être aussi enthousiasmant que les premiers, Departures traite avec une certaine grâce d’un sujet tabou au Japon : le rituel de mise en bière des morts.

Daigo Kobayashi rêvait de devenir violoncelliste, mais quand son orchestre tokyoïte se dissout faute de public, il décide de tout quitter pour retourner vivre, avec sa femme Mika, dans la maison de son enfance. Sans qualification, il atterrit alors dans une entreprise s’occupant de la mise en bière des défunts, travail qu’il apprendra à aimer et qui l’aidera à se construire malgré la barrière des tabous liés à ce métier au Japon.

Si l’on est accroché avec une certaine fascination par cette histoire autour de la culture du rite funéraire japonais, cela vient surtout du fait que ce rapport à la mort semble exotique à notre regard occidental car le film en lui-même révèle peu de surprises. La première séquence nous montre une mise en bière effectuée par Daigo, dès l’ouverture on connaît donc son activité, ce qui fait tomber un peu à plat l’incongruité de sa recherche d’emploi. A l’image de ce démarrage, les évènements du film s’enchaînent sans grandes surprises jusqu’à la fin.

On ne peut nier à Departures certaines qualités. L’histoire est racontée avec une certaine pudeur, une sensibilité tout à fait charmante et beaucoup de délicatesse, mais il lui manque le brin d’audace et la douce folie qui nous ont fait tant aimer des films comme Tokyo Sonata ou The Taste of Tea de ses compatriotes Kiyoshi Kurosawa et Ishii Katsuhito.

Les musiciens semblent occuper une place toute particulière dans l’imaginaire japonais, chez Yojiro Takita, pas de pianiste prodige, pas d’oncle chanteur déluré, mais un violoncelliste raté qui n’arrivera à se faire plaisir qu’en jouant pour lui, pour ses souvenirs, comme une ode à sa mère décédée ou son père absent et à une nouvelle vie qui s’est libérée en ayant renoué avec son passé. L’idée est belle, on s’identifie plus facilement à ce mode d’expression musicale simple et sans prétention. Cependant, la bande son composée par Hisaishi, compositeur connu pour son travail sur les films de Myiasaki notamment, devient quelque peu redondante et donne au film une atmosphère un tantinet mielleuse.

On aurait pu espérer un peu mieux d’un film récompensé par l’oscar du meilleur film étranger cette année, mais si Departures n’a pas la petite touche en plus qui nous fait vibrer, on passe tout de même un agréable moment qui nous permet de découvrir que les japonais ont d’autre rite aussi fascinant que leur célèbre cérémonie du thé.

Ana Kaschcett


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Anges et Démons


QUE NOUS CACHE LE VATICAN ?


"Anges et Démons"

Réalisé par Ron Howard
Écrit par David Koepp et Akiva Goldsman
Avec Tom Hanks




Est-il possible de qualifier un film de « correct, mais pas assez pour le cinéma » sans se montrer désobligeant pour les autres médias qui, de fait, auraient mieux convenu ? Est-il possible que l’appréciation d’une adaptation dépende de la lecture ou non de l’œuvre originale ? Tels sont les débats qui se posent à qui voudrait faire une analyse critique de la séquelle de Da Vinci Code.

En soi, l’intrigue n’est pas pire qu’une autre, une fois que l’on accepte d’aller voir un polar ésotérique : une société secrète, dont les membres ont été persécutés par l ‘Église à l’époque où celle-ci était toute puissante, menace de faire exploser le Vatican à l’aide d’antimatière (qui, n’en déplaise à certains, a bel et bien été synthétisée dans la « vraie vie », bien que dans des proportions hautement inférieures à ce qui est montré dans le film ). Mais le problème n’est pas là : le film dans son ensemble se laisse certes regarder, mais on peine à retrouver l’artisan de Willow et d’Apollo 13. A qui la faute ? A des acteurs qui, à l’exception notable d’Ewan Mc Gregor, semblent remplir le service minimum ? A Tom Hanks, dont la performance est à cent lieues de La Ligne Verte ou de Philadelphia ? A Ayelet Zurer, dont on n’espère qu’elle ne compte pas sur ce film pour lancer durablement sa carrière ? A un scénario qui a supprimé quelques sous-intrigues qui faisaient le sel du livre (pour faire tenir le tout sur 2 h 30 ? mais alors, pourquoi faire le film ?) ?

Alors certes, la musique d’Hans Zimmer est accueillie avec bonheur, surtout par ceux qui ont vu le premier volet. Certes, l’intrigue, bien que tamisée, est un tant soit peu prenante. Mais tout le problème est là : d’une, le téléphage aura une étrange impression de voir (bon, d’accord, sur grand écran et en THX... mais c’est cher payer le cadre de visionnage…) un long-métrage comme ceux qui passent parfois l’après-midi sur la chaîne qui possède les Girondins de Bordeaux. De deux, celui qui a lu le livre sera déçu par ce qui manque et ne bénéficiera pas des coups de théâtre qui pourraient séduire celui qui, précisément, ne connaît pas l’histoire à l’avance.

Si vous êtes amateur de (bons) téléfilms et que vous n’avez pas entendu parler de Dan Brown, c’est là l’occasion de passer un moment quelque peu agréable. Sinon, en cette période estivale où l’offre cinématographique est foisonnante, il vaut mieux passer votre chemin.

Cyril Schalkens



DVD : Moscow, Belgium


MOSCOW, BELGIUM


Réalisé par Christophe Van Rompaey
Avec Barbara Sarafian, Jurgen Delnaet et Johan Heldenbergh




Elle sort d’un parking, fait une marche arrière, ne regarde pas et... « bang ». Il y avait un camion. Accrochage des voitures… et de leurs occupants. Ca s’engueule… les présentations sont faites entre Matty (41 ans) et Johnny (29 ans).

Barbara Sarafian interprète avec brio une quarantenaire paumée, déchirée entre deux hommes. Il y a d’une part son mari, qui l’a quittée pour une femme plus jeune, et puis Johnny, qui ne se laisse pas abattre par ses refus répétés. Elle est sujette à des sautes d’humeur fréquentes et s'avère tout simplement bouleversante. « Mon mari est en pleine crise de milieu de vie, ma fille aînée fait sa crise d’adolescence, ma fille cadette pense qu’elle fait sa crise d’adolescence et mon fils n’arrive pas à commencer la sienne. Et ma voiture doit être réparée. Ma vie est faite de bleus et de bosses » déclare Matty. On peut, rien qu’avec ces phrases, prendre conscience de la charge émotionnelle présente dans Moscow, Belgium. C’est tout en finesse que se fait l’interprétation des comédiens. Ils parviennent à faire littéralement oublier que c’est d’une fiction qu’il s’agit. Ils sont criants de vérité, de sincérité.

Ce film sans prétention est sorti au même moment que Two Lovers. Il est assez intéressant de voir à peu de temps d’intervalle, deux relations amoureuses traitées de façons totalement différentes. Je dois bien avouer que la relation entre Matty et Johnny m’a autrement plus touchée. Un souffle d’authenticité plane sur cet étrange couple qui n’a rien de « glamour », mais qui, définitivement, marque. Matty n’ose pas se lancer dans une nouvelle vie, elle reste accrochée à ce qu’elle connaît, à l’espoir de reconstruire sa famille. Elle accepte puis rejette Johnny. Bien sûr, exposée de cette façon, l’histoire peut présenter un air de déjà-vu… cependant, Moscow, Belgium parvient à se démarquer par la justesse et la profondeur qui le caractérisent. Le spectateur ressent réellement les sentiments qui sont ceux des personnages. Il est touché comme (trop) rarement au cinéma.

L’équilibre est trouvé entre humour et gravité. On sourit, on rit même, alors qu’au final, la situation générale des protagonistes est loin de prêter à rire. On s’attache à ces personnages, blessés par la vie. Pourtant, jamais Moscow, Belgium ne vire au mélo, car la dureté des situations se trouve traitée avec une certaine (et nécessaire) légèreté.

Moscow, Belgium mêle parfaitement authenticité, sincérité, émotions, rires… On ne sort pas indifférent de ce visionnage. Ce premier film de Christophe Van Rompaey étant resté très peu de temps à l’affiche, cette sortie DVD est l’occasion de se rattraper.

DVD : The Office - saison 4


THE OFFICE - Saison 4






On prend les mêmes et on recommence ! Adaptée de la série anglaise éponyme créée par Ricky Gervais et Stephen Marchand, The Office made in US reprend le même principe – tout est dans le nom – qui est celui de montrer la vie telle qu’elle peut se dérouler dans un bureau. Rien de bien palpitant, pourrait-on penser… c’est sans compter les personnalités de ceux qui justement travaillent dans cette entreprise de vente de papier !

Ainsi donc, la série décortique le quotidien dans une petite entreprise. L’image se veut celle d’une caméra embarquée. Les différentes scènes se trouvent entrecoupées de réactions des différents personnages, comme s’ils témoignaient pour un reportage.

Steve Careel est ce patron (Michael) – on ne peut plus lourd - qui veut se faire aimer de tous. Il se croit supérieur, fait des blagues… qui tombent à plat. Tous les personnages ont une personnalité propre (et exagérée), de sorte qu’il y a fort à parier que tout un chacun peut trouver parmi ceux-ci quelqu’un – ou un aspect - qui lui rappelle un propre collègue.

Dans cette saison, Michael se trouve obligé de prendre un deuxième boulot pour payer ses dettes et se retrouve ainsi dans une improbable centrale d’appels. Jim, petit ami de la secrétaire Pam, se plaît toujours autant à torturer Dwight. Ce même Dwight qui s’est fait quitter par Pamela, après qu’il ait tué son chat (pour son bien !!!). On assiste aux premiers pas de Ryan (ancien stagiaire) en tant que responsable général (et donc supérieur de Michael). Suite à son annonce du lancement d’un nouveau site internet censé concurrencer « le bureau », Dwight se retrouve à faire cet improbable concours avec l’ordinateur : à celui qui vendra le plus de ramettes de papier, lui par téléphone, l’ordinateur n’ayant qu’à attendre les « clics » des internautes. Les journées se succèdent, mais ne se ressemblent pas, bien que tous restent fidèles à eux-mêmes !

Il faut avouer qu’au bout de 4 saisons, le bureau commence à devenir un espace dont on a fait le tour. Les scènes en dehors de l’entreprise permettent ainsi d’apporter un peu « d’air frais », un nouveau souffle. De la même façon, s’il leur arrive de « nouvelles aventures », les personnages peinent un peu à se renouveler.

Attention, cette saison n’en reste pas moins drôle et des plus agréables à regarder, mais on peut se questionner quant à l’avenir de la série. Pour (bien) survivre, elle doit se renouveler. C’est un défi à relever… On espère qu’il le sera !

Sonia Déchamps