Charlotte Gainsbourg

Elle en a fait du chemin la petite Charlotte qui chantait avec papa, d’une voix tremblotante, Un zeste de citron…! Ce duo provocateur l’avait fait connaître de tous. Mais qui, en cette année 1984, aurait pensé que la jeune fille au physique jugé ingrat se hisserait au rang de star internationale, et cela dans la très prisée catégorie des vedettes de cinéma ?

Alors qu’elle aurait pu se reposer tranquillement sur son étiquette de « fille de » pour percer, Charlotte prend des risques et multiplie les projets. Ainsi, en parallèle de sa carrière dans la chanson, dont la concrétisation eut lieu avec l’album 5 : 55, elle s’épanouit dans le cinéma aux côtés d’hommes de talent. On citera entre autres Claude Miller et Agnès Varda, qui l’ont dirigée à deux reprises, Claude Berri (L’un reste, l’autre part), Michel Gondry (La science des rêves), Alejandro González Iñárritu (21 grammes), j’en passe et des meilleurs.

En 2009, c’est la consécration. Présidente de la cérémonie des Césars, deux fois à l’affiche pour Antichrist de Lars von Trier et Persécution de Patrice Chéreau, qui sortira sur les écrans en décembre ; mais surtout primée à Cannes, où elle reçoit le prix d’interprétation féminine pour son rôle dans l’Antichrist. Et s’il y a des mauvaises langues pour dire qu’on récompense toujours les rôles de fêlés (Isabelle Huppert pour La Pianiste, Charlize Théron pour Monster,…) je vous invite à aller voir le film avant de persifler !

On retiendra l’hommage au père, Serge Gainsbourg, lors de la cérémonie de clôture, où la subtile Charlotte a su ne pas verser dans le larmoyant :

"Je pense aussi à mon père, qui j'espère aurait été fier de moi, fier et choqué, j'espère." Choqué, il y a de quoi. Camper cette femme qui sombre dans la folie et l’autodestruction après la perte de son enfant était une performance de haut niveau. La douce et timide actrice a dû ravaler les traits de sa personnalité uns à uns pour se projeter dans les névroses du réalisateur danois. Alors on fait comme les cannois : même si le film nous révulse, on applaudit Charlotte.


Elise Le Corre

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