Soul Power, De Jeffrey Levy-Hint

Monteur pour Leon Gast, réalisateur de l’oscarisé When we were Kings (1997) relatant le mythique combat qui opposa Mohammed Ali à George Foreman à Kinshasa en 1974, Jeffrey Levy-Hint n’a pu résister à l’envie de tirer des centaines d’heures de rushes délaissés un nouveau documentaire, centré cette fois-ci sur le festival de soul music Zaïre 74 qui s’est organisé parallèlement au combat.

Sur ce point on le comprend ; force est d’avouer que douze heures de concert réunissant B.B. King, Miriam Makeba, James Brown, The Crusaders, The Spinners, Big Black et autre grands noms de la musique afro-américaine et africaine se devaient d’être montrées car elles restent absolument jubilatoire.

La force de ce documentaire vient également du fait que Levy-Hint ne cherche jamais à nous présenter les images comme un retour sur le passé. Si ce n’est la date au début du film et les quelques lignes d’introduction qui posent vaguement le décor, le réalisateur nous plonge dans le vif du sujet à travers toutes les étapes d’organisations, jusqu’aux loges des artistes et aux concerts en eux-mêmes, comme si on y était.

Dès lors, l’ambiance est électrique, entre le bœuf improvisé dans l’avion américain (on en rêve encore), tous les préparatifs festifs et les discours émoustillés par l’arrivée en Afrique, terre des origines pour toute une population afro-américaine. Toute cette animation est conduite par un désir de symboliser un retour aux sources aux airs de coup médiatique et marketing avec des artistes quelque peu surchauffés sur le sujet et qui laissent au final un peu sceptique quant à leur réelle motivation. Noyé dans des discours enflammés et engagés, le message est certes celui fédérateur pour la liberté des Noirs et leurs droits humains, mais quand Ali se met à revendiquer la différence en disant « Blancs et Noirs, nous ne sommes pas frères », là on commence un peu à tiquer. Balancé comme cela, si on oublie le contexte historique (les années 70 aux Etats-Unis, la dictature de Mobutu au Zaïre), les paroles de James Brown et Ali sonnent un brin réac’. A côté de cela, les habitants du Zaïre ont-ils leur place ? Non, ils ne sont jamais avec les artistes venus d’Amérique sauf pour signer des autographes et voir en chair et en os des idoles qui parlent de fraternité dans une langue qu’ils ne comprennent pas et qui repartiront comme ils sont venus, sans avoir changé leur vie.

Outre cette confrontation étrange entre les cultures africaine et américaine des musiciens qui suscite réflexion, on est totalement happé dans les rythmes et l’énergie extraordinaire des musiciens, pour notre plus grand plaisir. On attend avec impatience les bonus du dvd et la réalisation du projet de Levy-Hint de monter les douze heures de concert.

Ana Kaschcett


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